Au pays de l’édition – L’enquête

investigation_01Des années de réflexion et de lectures personnelles, une envie de produire un article qui se transforme en un début d’essai, et c’est l’idée d’être publié qui, petit à petit, fait son chemin. Passée la surprise d’envisager une telle option alors que je ne l’avais jamais clairement formulée, vient le temps de l’enquête. Je découvre un nouvel univers qui m’était jusque-là inconnu : l’édition.

Editeurs, écrivains, distributeurs, diffuseurs, virage numérique… je m’aperçois vite qu’en guise d’univers, il s’agit d’un écosystème foisonnant. Quel pourrait-être ma place dans ce microcosme ? Même si j’imagine ma problématique particulière, je perçois vite sa ressemblance avec tous ces témoignages glanés au fil des sites et des fora dédiés à l’édition.

J’entame la tournée virtuelle des maisons d’éditions. La ligne éditoriale de certaines d’entre elles me semble plus proche de mon travail que d’autres. Assez rapidement, je conçois que les maisons dont la ligne éditoriale est proche de ma démarche vont me rester inaccessibles. À cela, me semble-t-il, plusieurs raisons : je suis autodidacte, je n’ai aucune référence et j’ai peu à peu pris conscience de l’état du marché de l’édition. Jamais autant d’auteurs n’ont aspiré à être publié tandis qu’on assiste à l’érosion lente d’un lectorat traditionnel réorienté vers le multimédia.

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Chez les éditeurs, les piles de manuscrit s’accumulent, et il s’agit de sortir du lot avec le sien !

De nombreuses maisons d’édition ont l’honnêteté d’afficher la couleur : les jeunes auteurs sont acceptés au compte-goutte et les délais d’attente sur envoi de manuscrit s’échelonnent entre quatre et six mois, se soldant la plupart du temps par une réponse négative ou pas de réponse du tout. J’apprends au hasard de mes démarches qu’un éminent scientifique comme Hubert Reeves s’est vu refuser le manuscrit de son essai Patience dans l’azur une quarantaine de fois, avant d’être finalement retenu et publié ! Il est certain que je ne souhaite pas m’infliger une telle attente !

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Rencontre avec les Éditions du Puits de Roulle

(suite de l’article « Au pays de l’édition – L’enquête »)

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Durant mes nombreuses pérégrinations sur le Web, je me souviens avoir visité le site des Éditions du Puits de Roulle dont j’avais gardé le nom dans un coin de mémoire. Il y avait notamment, sur le site de l’éditeur, une petite vidéo présentant une étude sociologique de Tarik Yildiz qui, je m’en souviens, avait fait le buzz sur les réseaux sociaux au moment de sa sortie en 2012. Etant donné le sujet abordé, il s’agissait du type d’ouvrage que les maisons d’éditions ne s’empressent pas de publier. Pourtant, les Éditions du Puits de Roulle avaient eu l’audace de le faire, et de mon point de vue c’était remarquable.

Je suis rentré en contact avec Stéphanie Lahana qui m’a propose une formule  de prestation en autoédition.

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Stéphanie Lahana

Je veux ici insister sur la pertinence de ce type de prestation étant donné l’état du marché du livre. La situation semble de plus en plus défavorable pour l’auteur en tant qu’acteur économique mais aussi pour l’éditeur et le diffuseur du fait de la lente érosion du lectorat traditionnel. Le risque financier a mécaniquement augmenté pour l’éditeur qui doit plus que jamais sélectionner des manuscrits non seulement de valeur mais aussi commercialement porteurs. Du reste, c’est tout le circuit du livre qui est actuellement sous pression, à l’image des librairies indépendantes concurrencées par les mastodontes de la vente en ligne tels qu’Amazon.

Si donc, en tant qu’auteur, on croit dans son manuscrit, il est concevable d’endosser une partie du risque financier du projet. Bien sûr, tout le monde n’est pas prêt à s’engager financièrement et nous avons tous nos seuils au-delà desquels il n’est pas question d’aller. Du reste, toutes les maisons ne fournissent pas la même prestation en termes de rapport qualité/prix et de proposition de contrat.

En ce qui concerne mon projet au sein des Éditions du Puits de Roulle, l’équation est relativement simple : l’opération sera neutre financièrement si je vends quelques centaines d’exemplaires de mon ouvrage, dans une fourchette de 300 à 400. Au-delà, l’opération est légèrement bénéficiaire. En deçà, et quand bien même il ne s’en vendrait qu’une centaine, l’opération reste déficitaire du montant d’une semaine de vacances aux sports d’hiver…

La réalisation d’un livre peut répondre à de nombreux critères et chacun posera l’équation différemment, accordant plus d’importance aux revenus  pour les uns, plus d’importance à l’envie de consigner un témoignage de vie  pour les autres. Dans mon cas particulier, il s’agit de publier à moindre frais le résultat d’un travail qui, au fond, me tenait inconsciemment à cœur depuis de nombreuses années.

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Mirages et vertus de la nouvelle économie du livre

(suite de l’article « Rencontre avec les Éditions du Puits de Roulle »)

numerique_01Comme la plupart des marchés, celui du livre ne reste pas étranger à la révolution du numérique. J’y vois une formidable opportunité en même temps que le développement de certains écueils. Il me semble assez évident que je suis bénéficiaire de cette démocratisation de la publication puisqu’aujourd’hui, il existe une formule économique pour faire publier mon ouvrage. Par ailleurs je n’ai pas souhaité m’orienter vers le pure auto-publication. Sans préjuger d’un tel choix, celui-ci me semble périlleux puisqu’il écarte tout le savoir-faire des professionnels de l’édition.

Avec du recul, je peux affirmer que le service rendu par un éditeur vis-à-vis de l’auteur est encore plus critique et nécessaire que je ne l’imaginais, alors que j’étais déjà conscient de son utilité au moment de me lancer. À ce titre, je veux souligner le travail remarquable de relecture de Stéphanie Lahana, qui n’est pas étranger à la qualité et au rendu final de l’ouvrage, y compris  dans son contenu. Je pense qu’il s’agit d’une prestation incontournable que l’auto-publication tend à escamoter.

Lorsque l’on parcourt les différents fora dédiés à l’auto-publication, on s’aperçoit rapidement que la formule contient beaucoup de contraintes ou de désagréments que l’auteur novice ne voit pas venir et qu’il va découvrir  à ses dépens au cours de l’avancement du projet.

L’impression à la demande du modèle de l’auto-publication implique, dans beaucoup de cas, de longues semaines de délais tandis qu’avec une maison d’édition classique, c’est l’affaire de quelques jours. Le coût unitaire de l’impression à la demande en auto-publication est notoirement plus élevé. Autre exemple : la qualité du papier, de la reliure et de l’ouvrage ne sont pas toujours au rendez-vous.

Une autre alternative s’offrait à moi pour un coût moindre : réaliser une version exclusivement numérique mais je ne me retrouvais pas dans une telle formule, faisant partie de ce lectorat qui aime le livre en tant qu’objet et dont la bibliothèque occupe une place centrale au domicile. Le livre électronique devrait constituer une alternative croissante au livre papier sans se substituer à lui.

Ce petit billet s’inscrit dans l’envie de partager cette belle expérience dans le monde de l’édition, qui n’est peut-être que le début d’une longue et belle aventure. Le mot de la fin : vive le(s) livre(s), et bonne(s) lecture(s) à tous !

Sylvain Fuchs

Le renouveau de la recherche par l’approche systémique

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La recherche scientifique classique est l’héritière de la pensée post-cartésienne, basée sur la méthode consistant à « diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. ». Bien que cette démarche ait porté ses fruits, elle tend à se heurter à des difficultés majeures. Tâchons d’illustrer ces limites par quelques exemples :

  • Dans le domaine de la recherche physique, on sait désormais, depuis les travaux de Louis de Broglie, Werner Heisenberg et Max Planck que l’observation d’un phénomène quantique a un impact sur le phénomène lui-même. L’observateur est difficilement dissociable de ce qu’il observe.
  • Dans le domaine diplomatique, les politiques se fixent parfois des objectifs de court terme pour lesquels ils emploient des moyens contre-productifs sur le long terme. Il existe une dialectique entre les moyens mis en œuvre et la fin visée.
  • En sociologie, les études sont régulièrement infléchies par la connaissance de leur réalisation. On assiste à des phénomènes d’autocensure rendant les administrateurs aveugles aux problèmes qu’ils sont censés prévenir, avec les conséquences qu’on imagine sur la pertinence des mesures prises à l’aune de ces études.
  • En psychologie sociale, des phénomènes tels que les prophéties auto-réalisatrices ou encore les effets d’avalanche restent difficilement explicables sans la grille de lecture systémique.

On pourrait encore allonger la liste des cas d’études limités par l’approche analytique classique. Si ces limites sont invisibles aux yeux de l’opinion publique, c’est ironiquement selon un biais d’observation qui est le produit de l’auto-justification des paradigmes en vigueur. Loin de chercher à dépasser ses propres limites conceptuelles, la recherche a souvent tendance à produire un ensemble de travaux visant à justifier son cadre.

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Approche systémique des phénomènes sociaux

Appliquée aux phénomènes sociaux, l’approche systémique permet de développer une nouvelle compréhension des liens entre l’individu et le groupe, entre l’acteur et la société. Plutôt que concevoir la société comme une somme d’individus animés d’intentions autonomes, ou de considérer de façon contraire que l’individu subit passivement son environnement culturel et social ; l’approche systémique souligne l’interaction permanente entre la vision des individus et la culture partagée.

Bien que l’individu et sa société d’appartenance soient animés par des forces de niveaux et de nature différentes, étudier l’un indépendamment de l’autre conduit forcément à des impasses. La systémique et la réflexion dialectique permettent d’en sortir. La théorie mimétique de René Girard est une des clés contemporaines de cette approche. Mentionnons également les travaux de Gregory Bateson, d’Ilya Prigogine, de Paul Meier ou encore de Jean-Pierre Meunier.

L’approche systémique conduit la recherche à redécouvrir l’interdisciplinarité qui avait jadis cours avec les humanitas. Elle permet de se réapproprier cette sagesse antique selon laquelle tout est relié à tout et rien n’est étranger à rien. Comme il est dit dans le Rig-Veda :

« Chaque individu est une perle de cristal, et chaque perle de cristal réfléchit non seulement la lumière de chaque autre cristal, mais aussi chaque autre reflet dans tout l’Univers. »

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