Le renouveau de la recherche par l’approche systémique

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La recherche scientifique classique est largement héritière de la pensée post-cartésienne, basée sur la méthode consistant à « diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. ». Bien que cette démarche analytique exhaustive ait porté beaucoup de fruits, elle tend à se heurter à des difficultés majeures, si tant est qu’une compréhension toujours plus grande et intime des phénomènes complexes demeure le souci premier de la recherche. Tâchons d’illustrer ces limites de quelques exemples :

  • Dans le domaine de la recherche physique, on sait désormais, depuis les illustres travaux du début du siècle dernier menés par Louis de Broglie, Werner Heisenberg, Max Planck et tant d’autres, que l’observation des phénomènes quantiques a un impact sur le phénomène lui-même à l’échelle de l’atome, de l’électron, du photon et de sa forme ondulatoire associée. L’observateur est difficilement dissociable de ce qui est observé.
  • En botanique et dans les sciences naturelles, le chercheur souhaitant aller plus loin dans sa compréhension du vivant aura recours au bistouri, à l’instrument de mesure ou à la simple sonde pour essayer de pénétrer l’organisme. En même temps qu’il opère, il porte atteinte au phénomène qu’il tente d’élucider. Animé inconsciemment par l’idée que l’examen des cellules constituant la plante lui permettra de remonter jusqu’à son fonctionnement d’ensemble, le but de son projet lui échappe au moment même où il l’entame, même si cette démarche permet une collecte précieuse de données sur son objet d’étude.
  • Dans le domaine de la gouvernance, les politiques et autres administrateurs se fixent parfois des objectifs de court terme pour lesquels ils emploieront des moyens qui, même s’ils permettent d’atteindre ces objectifs, ont une incidence sur l’issue du projet lui-même. En perdant de vue l’éthique, et une certaine hauteur de vue avec, on perd aussi l’idée que loin de justifier la fin, les moyens mis en œuvre pour y parvenir ont un retentissement sur celle-ci. Il existe une dialectique interactive entre les moyens mis en œuvre et la fin visée, qu’un programme linéaire, basé sur une stratégie du step by step, fait perdre de vue ; rendant l’action publique d’autant moins efficace, voire contre-productive.
  • En sociologie, les études sont régulièrement infléchies par le seul fait d’avoir connaissance de leur réalisation, au niveau individuel ou d’une population. Ainsi se développent les phénomènes d’autocensure ou de conformisme ambiant, rendant les administrateurs aveugles aux problèmes qu’ils sont censés prévenir, lorsque ce ne sont pas les administrateurs eux-mêmes qui développent des outils leur faisant l’économie d’intégrer la situation réelle du terrain, avec les conséquences en termes d’efficacité qu’on imagine.
  • En psychologie sociale, des phénomènes tels que les prophéties auto-réalisatrices, ou encore les effets d’avalanche débouchant sur l’expression paroxystique de la violence dans les guerres ou le recours au bouc émissaire, restent inexplicables sans la grille de lecture systémique.

On pourrait indéfiniment allonger la liste des exemples tendant à montrer les limites, de plus en plus perceptibles et ressenties dans les différents domaines de recherche, de l’approche analytique stricte. Et d’ailleurs, si elle a tendance à ne pas sauter aux yeux dans l’opinion publique, c’est ironiquement selon un biais d’observation qui est le produit de l’auto-justification des paradigmes scientifiques en vigueur. Si l’approche analytique est tant convoquée à l’attention de l’opinion publique, ce n’est pas tant pour son caractère explicatif, qu’en raison des choix de la communauté scientifique, prise dans son ensemble, de sélectionner les expériences qui vont se plier à la vision analytique ambiante, ainsi qu’à tous ses a priori conceptuels.

Si donc l’expérience de laboratoire probante est présentée avec tant d’insistance dans les manuels scolaires, les magazines de vulgarisation scientifique, et jusque dans la définition des programmes de recherche, c’est autant pour son pouvoir démonstratif que pour sa prédisposition à s’insérer dans un cadre explicatif préconçu, et à le justifier. L’expérience de laboratoire illustre bien peu de choses au regard de la façon complexe avec laquelle les phénomènes réels se déploient. Et pourtant, c’est sur sa base protocolaire que l’on valide les théories d’une part, mais surtout et d’autre part que l’on invalide et que l’on tient à l’écart l’ensemble des autres.

On en vient au paradoxe suivant : loin de chercher à dépasser ses propres limites conceptuelles, la recherche officielle a tendance à produire un ensemble de travaux visant à justifier son cadre, alors même que son but devrait être d’en sortir par le haut, pour viser plus juste et plus vrai !

Pour approfondir le sujet, je vous invite à consulter le site de Marc Halévy, ainsi que ses essais Un Univers complexe et Ni hasard, ni nécessité, qui ont largement inspiré la réflexion présente.

Poursuivre la réflexion avec Approche systémique des phénomènes sociaux

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