La fabrique de l’entropie

A la vitesse où l’économie actuelle extrait les ressources de l’environnement, combien de générations faudra-t-il avant que notre modèle économique de production ne vienne dangereusement flirter avec les limites de l’écosystème ? Qui, aujourd’hui, peut encore croire que nous pourrons continuer sur un tel mode de fonctionnement, à un tel rythme ? Comment expliquer qu’il faille aller toujours plus loin dans l’extraction et la transformation des ressources pour satisfaire les besoins des hommes ?

Si la valeur marginale de la production tend à diminuer – comme c’est le cas dans tout système ayant franchi un certain seuil quantitatif de production -, alors que dans le même temps le coût écologique va croissant ; ne faut-il pas tout simplement déduire que le modèle est mauvais ou à revoir ? Passé un certain seuil d’aisance et de confort matériel, les besoins de l’homme à satisfaire sont spirituels, que la production marchande ne comble que très difficilement et même vulgairement, d’où l’inflation de la consommation selon un modèle au goût permanent d’inachevé.

Si, dans l’économie de l’économie, nous intégrions tous les coûts cachés de notre modèle de production, nous ferions le constat d’une destruction nette de valeur et donc de décroissance globale, uniquement masqué par une comptabilité dont le périmètre a justement été choisi pour occulter ces déséquilibres chroniques. C’est ce que montrent l’économiste hétérodoxe Nicholas Georgescu-Roegen dans son essai « Loi Entropique et processus économique », ou encore Marc Halévy dans son éclairant article « Thermodynamique Humaine et économie ».

Il ne s’agit pas ici de prôner les idées de décroissance en vogue, ou de troquer un projet faussement croissant pour un projet ouvertement décroissant, mais plutôt de prendre conscience du besoin de réorientation d’une activité humaine vitale et nécessaire, mais dirigée vers des objectifs qui divergent grandement avec les aspirations profondes de ses initiateurs. L’aspiration à une forme de réalisation est légitime, mais la concevoir selon n’importe quelle modalité soit par inconscience, soit par manque de discernement, constitue une source potentielle de graves désillusions à venir. La poursuite de chimères, de rêves prométhéens, finit souvent dans de douloureux réveils…

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Empire State Building, Petronas Twin Towers, Tour Khalifa… toutes ces constructions triomphantes sont les pendants des creux de nos âmes. Elles concrétisent la recherche dans le monde extérieur d’une gloire qui vient faussement combler nos carences intérieures, trouvant écho et caution dans les yeux de tous ceux qui se reconnaissent dans une telle démarche, apportant reconnaissance et justification à ces projets babéliens dont on devine l’issue

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