J’ai toujours préféré les étendues des plaines
Aux horizons boisés, variés et vallonnés,
Je suis en décalage autant que me souvienne
Du milieu naturel dans lequel je suis né.
Les paysages s’égrènent tout au long du sentier,
Se donnent allègrement au regard qui s’y plaît
En un tableau d’ensemble où mon esprit sautille,
De collines en vallées, de forêts en prairies.
Enfant de la verdure tenté par le retrait,
J’ai laissé la nature toute à son harmonie,
Répondant à l’appel intime et solennel
De l’expérience ascète et de la solitude.
Le ciel et le désert s’ignorent radicalement,
Entre les deux ne restent que silence et poussière ;
Ils me placent au foyer d’un paysage lunaire
Au goût d’inachevé, lugubre et stupéfiant.
Je me trouve en présence d’un dualisme austère
Évoquant les instants premiers de la Genèse,
Ou bien un avant-goût des sombres temps qui viennent
Quand l’homme aura tôt fait de vitrifier le monde.
Le mutisme intégral du lieu qui me révèle
Impose de se taire à mes voix intérieures,
Mon regard au lointain à perte de pensées
Revient sans cesse à moi dans un aller sans fin.
Mon esprit au repos des idées importunes
Redevient ce foyer d’où peuvent s’éployer
De nouvelles intuitions, de nouvelles clairvoyances,
Puisées dans le silence de mon cœur apaisé.
Le passage au désert n’est pas pour s’y complaire,
Mais dessine un chemin de purification.
Se retirer des siens et de ses familiers
Pour revenir à eux plus humain que jamais.
Reprendre l’ordinaire comme on l’avait laissé,
Retrouver ses amis et les vertes vallées.
Goûter le quotidien, cultiver son jardin,
Sagesse enracinée, regard transfiguré,
Comme au tout premier jour d’une vie renouvelée.
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