Je passais mes congés sans plan particulier,
En plein cœur de l’été, alors j’ai décidé
De porter un regard nouveau et singulier
Sur la vie quotidienne de mon petit quartier.
J’ai trouvé sur son banc le compère coutumier
Qu’un peu par habitude j’appelais le vieil homme,
Nous avons échangé quelques gestes et paroles
Pour ensuite engager une ample discussion.
Notre homme se réjouissait de pouvoir se livrer
Auprès d’un vis-à-vis désormais familier ;
Il parlait à voix haute avant tout pour lui-même,
J’étais le confesseur de ses souvenirs passés.
Il est certains secrets que ne peut évoquer
Au cercle de ses proches toute personne de pudeur,
Elle les porte souvent au tréfonds de son cœur
Comme un fardeau pesant à ne pas révéler.
Les amours passionnelles ensoleillent et traversent
L’existence de tout homme vivant seul ou marié,
C’est le genre de sujet qu’il fallait épargner
À ta douce compagne qui a tant sacrifié.
Ta mémoire se ravive de détails anodins,
Un lieu ou une adresse, un prénom, un parfum,
Ils possèdent à tes yeux la valeur sans pareille
Du vécu et des joies qui sont gravés en toi.
Tu connaissais le sort de ceux qui renonçaient
À diriger leur vie comme on mène un combat,
Il n’y a pas d’autre choix, la vie est ainsi faite,
Tu as joué des coudes et forcé le destin.
En retournant chez moi, j’ai soupesé mon cas,
Refaisant le parcours m’amenant jusque-là,
Un jour j’aurai à faire le bilan pour moi-même,
Et tous les faux-semblants n’y changeront rien.
Aurai-je assez aimé, éprouvé et donné ?
Quels seront mes remords, mes regrets, mes fiertés ?
L’introspection de l’âme est passage obligé
Pour celui qui s’apprête à voir l’éternité
Un jour je le sais bien, je serai ce vieil homme.
