Epoque sans mesure

La démesure moderne se règle à la hauteur
Des constructions de verre, de béton et d’acier,
Dressées en lieu et place d’une nature assignée
À l’îlot de verdure dans le décor urbain.

Les rythmes des alarmes, des flashs et des néons
Ont congédié les sons du milieu naturel,
Les zones d’activité, les sites de production
Ont révoqué la vie au rythme des saisons.

On parque allègrement à l’ombre des enclos
Des spécimens d’espèces menacées d’extinction,
Les fonds marins étouffent à force de pollution,
Le progrès est le nom de cette involution.

Le monde contemporain semble encore se complaire
À poser les jalons d’un nouvel âge de fer,
Ignorant les signaux d’une époque à la peine
Au lieu de s’inquiéter des maux qui s’amoncellent.

La poésie d’Hésiode est claire à ce sujet,
L’hybris avait induit, déjà dans le passé,
La punition des dieux qui occupaient encore
L’imaginaire des hommes, leurs autels et leurs cieux.

Ils ont cédé la place au culte de l’argent,
Aux dirigeants d’affaires lui vouant dévotion,
Aux administrateurs de la fuite en avant
Qui enrôlent les foules et organisent pour elles

Toujours plus d’impostures dans lesquelles dévoyer
Les souhaits, les volontés, les envies de chacun ;
Toujours plus de loisirs dans lesquels oublier
Que la félicité est l’apanage de l’âme,

Et la modernité son infortune en creux.